La crise de nos relations au vivant se trouve à l’origine de la crise écologique systémique qui nous fait considérer « les vivants comme un décor ». Alors que des millions d’espèces animales existent, l’espèce humaine tient le plus souvent toutes les autres pour quantité négligeable. Il nous faut reconstruire le lien avec la vie, ressaisir ce précieux rapport au vivant que nos sociétés ont perdu et en partie oublié. Sous l’effet d’une pensée dualiste, séparant l’homme de la nature, il y a un appauvrissement de ce que l’homme moderne peut voir et comprendre de son environnement. Le philosophe Baptiste Morizot proposait de restaurer notre sensibilité sur ce sujet et d’apprendre à se détacher d’une pensée narcissique de supériorité. Il utilise le terme de « diplomatie des interdépendances ». Ainsi c’est de repenser notre rapport aux autres espèces et notre place dans la biosphère avec l’espoir de voir émerger une authentique culture du vivant.
Le terme choisi pour cet éditorial de Subaqua est le titre éponyme du film documentaire de Yann Arthus Bertrand paru en 2023 et d’un hors-série du magazine Socialter. « Renouer avec le vivant »… plus facile à dire qu’à faire. Difficile de ne pas tomber dans les pièges que nous tend le sentiment de nature, une idéalisation plutôt naïve pour une humanité devenue citadine.
La plongée comme moyen de restaurer son rapport au monde du vivant et à sa biodiversité ? Vivre la mer, les eaux douces, l’océan avec nos sports de nature en perdant les repères de terrien en permanence connecté. Mettre un masque de plongée, c’est déjà sortir des écrans de notre sédentarité. Ce milieu permet d’approfondir de nouvelles perceptions sensorielles, il donne à être dans l’instant d’une pleine conscience. C’est pour cela que l’on évoque de plus en plus le terme de plongée de pleine conscience avec ses bénéfices psycho-mentaux sur notre santé.
Renouer commence par l’attention qui est une école du respect. Le monde subaquatique et ses écosystèmes nourrissent énormément cette curiosité qui pousse à comprendre, ils alimentent aussi notre santé mentale. Notre conférence à l’UNOC* traitait de « plongée, biodiversité et santé mentale », cette dernière était la grande cause nationale de la France pour 2025. Nous savons maintenant que les interrelations avec la nature favorisent la résilience, réduisent le stress et restaurent notre équilibre émotionnel du système limbique cérébral.
« Ambassadeur des programmes engagés pour la Nature », c’est la nomination obtenue par la FFESSM auprès de l’Office français de la biodiversité en octobre dernier. Renouer avec le vivant, ce n’est pas un retour nostalgique à un passé idéalisé : c’est une urgence éthique et sociale. Reconnaître que nous faisons partie d’un tout est la clé pour imaginer des sociétés plus résilientes et plus justes. C’est un acte de soin envers la planète, envers les générations à venir et envers nous-mêmes.
* UNOC 3e congrès mondial des Nations unies sur l’Océan, à Nice en juin 2025.
Frédéric Di Meglio,
président de la FFESSM