Innover, ne serait-ce pas voir autrement ce qui existe déjà, le concevoir autrement ? Les effets conjugués des crises du climat et de la biodiversité ne relèvent plus d’une menace future mais d’une réalité tangible. Pourtant malgré la succession de preuves et les alertes répétées du monde scientifique, la prise de conscience peine à se traduire en décisions politiques concrètes à la hauteur des enjeux. Voire même, l’on observe un recul avec une montée actuelle des discours de déni ou de résignation. La lecture d’un livre collectif « Transition écologique », coordonné par Loïc Hamon, avec des acteurs engagés sur les questions de société et d’environnement, pose ce défi d’inspirer en repensant la transition écologique en lien avec nos vies. C’est un changement d’approche nécessaire dans notre perception du monde.
Face à l’urgence climatique, le sport pourrait réussir là où le politique échoue, tout en transformant la contrainte écologique en désir incarné. Repenser notre conception du bien-être en termes de mode de vie, un bien-être qui ne se mesure pas à l’accumulation de biens mais à la qualité des liens et de nos expériences. Cela passe par un changement de notre regard sur la nature. Nos valeurs morales se fondent sur ce que nous vivons au travers de notre relation au monde lui-même et non pas seulement sur la sensibilisation dite scientifique, ce dernier mode de pensée étant centré sur la raison. Le vocabulaire technique et scientifique est insuffisant pour faire passer à l’action hors du circuit consumériste et se projeter dans une société post-carbone. N’oublions pas que la sensibilité émotionnelle par rapport au vivant a une valeur fondamentale. Il semble nécessaire ainsi de faire émerger un imaginaire mixte, à la fois issu des constats scientifiques et de l’empathie avec le vivant.
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Cette maxime de Rabelais écrite il y a près de 500 ans est encore plus d’actualité de nos jours. N’est-il pas utile ainsi d’interroger le couple raison-intuition et l’évolution de son traitement par la société ? L’expérience directe avec la nature favorise une implication cognitive, physique et émotionnelle qui participe à la transformation de la personne qui la vit et donc à la mémoire individuelle et collective de notre identité environnementale. Le sport de pleine nature pourrait-il accélérer les mutations écologiques sans passer par l’idéologie ? La prise en compte de l’activité physique et sportive comme moteur de bienfaits psycho-mentaux et sociaux agit directement sur les pratiques quotidiennes. Le sport vu comme un laboratoire de notre adaptation à un monde qui se transforme ? Certains penseurs signalent même que « le sport propose une écologie de l’addition plutôt que de la privation, transformant l’engagement environnemental en expérience vécue. En reconnectant le corps au vivant, il fait du sportif un acteur du changement. » Au travers de l’expression éditoriale de cheval de Troie, ce n’est pas ainsi la notion d’un processus malveillant qui s’installe mais la perspective positive d’un événement qui peut être décisif dans la stratégie de transition écologique de notre monde.
L’hyperconnexion digitale nous isole de la réalité du monde. Fantasme du numérique des réseaux sociaux dont la sociabilité repose sur des solidarités fictives et abstraites, mille amis des RS ne valent pas un ami du quotidien réel. Le oui et le non du digital binaire ont remplacé le « peut-être » avec ses nombreuses nuances. Changer d’écran sous l’eau grâce à nos activités subaquatiques avec la mise d’un masque pour nous réconcilier avec le monde des sensations du vivant bien réel en complicité avec d’autres acteurs. La plongée de pleine nature nous invite à questionner nos repères au travers des adaptations qu’elle requiert, au travers de nos expériences physiques, mentales et sociales dans ce milieu subaquatique qui mobilise tous nos sens en de nouvelles sensations. Ces moments sont précieux, ils nous rappellent la beauté du vivant. Ce sont eux qui peuvent changer nos façons de penser le futur. Il faut faire des choix maintenant car demain s’écrit aujourd’hui.
Frédéric Di Meglio,
président de la FFESSM