Anne-Édith Curé « Les femmes sont capables d’agir hors sol  ! » 

le 26/04/2016
Plongeuse niveau 3, jeune mère de 3 enfants aujourd’hui adultes, Anne-Édith Curé découvre la nage avec palmes – et surtout la monopalme – lors d’une descente du Rhône à la fin des années quatre-vingt-dix. Son engagement professionnel prenant ne l’empêche pas de s’investir dans cette nouvelle passion. Présidente de la commission nage avec palmes de l’interrégion RABA, vice-présidente de la commission nationale où elle tient les cordons de la bourse aux côtés de Claude Philippe, président de la CNNP, elle apporte également sa pierre à l’organisation du championnat du monde junior piscine et longue distance mise en place par l’équipe de Daniel Riccardi le président de l’interrégion RABA accompagné de Jean-Pierre Guerret, président du CODEP de Haute-Savoie et de Marc Petit, président du CODEP du Rhône. Comment fait-elle ? Malgré sa réticence et une certaine pudeur, Pierre Martin-Razi lui a posé la question.

ANNE EDITH CURE MASCOTTE

Subaqua Alors que Subaqua consacre un numéro spécial à la féminisation, ton exemple prouve que l’on peut être femme et engagée à la fois dans une activité sportive et dans le bénévolat. Comment vis-tu ta féminité dans ce contexte ?

Anne-Édith Curé Très bien car je prends du recul. Et heureusement, je ne suis pas la seule ! D’ailleurs, la nage avec palmes est une activité plutôt féminisée. Le bureau national compte plusieurs femmes et six interrégions sont présidées par des femmes, toutes de grande qualité. Cela dit, il faut regarder les choses en face. Les femmes doivent batailler dans le domaine professionnel. Y ajouter une charge bénévole alors que les enfants sont encore dans le cercle familial n’est vraiment pas facile. J’ai eu mes trois filles très jeunes et, pendant des années, en toute conscience, j’ai fait des choix parfaitement assumés qui n’avaient rien de frustrants. J’avais une priorité, celle de m’occuper de ma famille. J’ai donc réduit mes activités de loisir quand il le fallait mais sans pour autant y renoncer. Même bien entourée, je n’ai pas trop su confier mes enfants alors petits. Les voyages lointains de plongée par exemple n’étaient pas au programme et j’ai trouvé la Méditerranée magnifique dans l’attente de pouvoir voler plus loin ! Maintenant mes filles sont adultes, je dispose de beaucoup plus de temps et j’ai l’esprit libre pour me consacrer à d’autres tâches…

Subaqua On parle beaucoup de parité et d’opération de féminisation. Quel est ton point de vue ?

Anne-Édith Curé « La Plongée avec un e », c’est important pour sensibiliser et faire prendre conscience de la place à donner aux femmes dans nos dispositifs. Il faut non seulement mettre en valeur les bénéfices qu’apporte une gestion partagée hommes-femmes mais aussi faire comprendre comment recruter des femmes. Après, la notion de parité et de quota me gêne un peu, si elle est parfaitement justifiée dans les instances consultatives car les femmes colorent le discours, elle m’ennuie sur des postes de décision car je préfère être reconnue pour mes capacités, mes spécificités, et non pas parce que je suis une femme… Cette vision a quelque chose de réducteur même si j’en comprends l’objectif.

Subaqua Ces capacités, ces spécificités propres aux femmes, quelles sont-elles ?

Anne-Édith Curé L’empathie, la bienveillance, l’intuition sont des qualités toutes féminines… que les hommes possèdent parfois ! Mais les femmes n’éprouvent en général pas le besoin de marquer leur territoire, elles sont capables d’agir hors sol, si j’ose dire. Autrement formulé, les femmes ne sont pas dans la notion de pouvoir pour le simple pouvoir, encore moins dans le rapport de force. Dans ma vie professionnelle comme dans mes activités fédérales, j’évite les conflits ou bien je fais en sorte qu’ils ne s’installent pas. Je préfère lâcher prise pour revenir par d’autres chemins si c’est nécessaire. À côté de ces qualités, bien plus que les hommes, les femmes sont capables de jalousie exacerbée. Il faut y être attentive à la fois pour ne pas y sombrer ou pour ne pas en être victime. Dans ce dernier cas qui est souvent celui de la suspicion malsaine, je préfère me mettre en retrait. En fait, le mieux est d’être dans l’action pour échapper à tout cela.

Subaqua De l’action, précisément tu n’en manques pas ! Comment en arrive-t-on à un tel engagement ?

Anne-Édith Curé Encore une fois, c’est une affaire de choix. mais dans mon cas précis, cela a été celui de dire oui car les responsabilités sont venues sans que je les cherche vraiment, au gré des situations et des circonstances. J’ai été élevée dans un monde de valeurs qui plaçait l’altruisme et le don de soi en tête de liste. On ne va pas contre son éducation ! Je trouve aussi que le monde associatif permet d’exprimer des choses non dites dans le monde professionnel. Si on est là, c’est pour dépasser cette réserve. C’est vrai, j’y consacre beaucoup de mon temps mais c’est passionnant. Par exemple, l’organisation du championnat du monde junior d’Annemasse représente un travail colossal mais il est galvanisant. L’équipe est ultra-soudée et nous avançons au rythme d’une idée à la minute. Dans ce projet, je n’ai pas de poste précis, mais je suis très présente auprès de chacun. J’ai ainsi conscience que mon rôle consiste à créer du lien. C’est très féminin !

Subaqua Quel serait le moyen de voir d’avantage de femmes aux postes clef de l’organigramme fédéral ?

Anne-Édith Curé Homme ou femme, le bénévolat est avant tout un état d’esprit. Les femmes peuvent avoir le goût de la compétition et être tenace comme je le suis. Pourtant, le plus souvent, elles préfèrent être actives plutôt que leader. Elles sont souvent volontaires, mais il faut leur permettre prendre confiance au travers d’une première mission ou d’un premier mandat pour qu’en retour on leur fasse confiance, et c’est à la base que le vivier doit s’élargir. C’est en sachant les associer à des projets que l’on aura plus de femmes dans les équipes, en sachant utiliser leur première qualité qui est celle de savoir s’effacer pour atteindre le but. Il y a un mot pour cela, c’est l’abnégation !

Commentaires

  • Philippe DUVET dit :

    Bel article ! Beaux commentaires d’une passionnée et bénévole…quand reviens-tu sur l’Odyssée du 13, où il y a 41 % de participation féminine !!!

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