


La plongée de réadaptation est souhaitable quand on s’immerge de nouveau après une période prolongée d’arrêt d’activité (reprise classique après l’hiver par exemple). Qu’elle est pertinente quand on plonge dans un milieu totalement différent de notre environnement habituel (première plongée en croisière tropicale après la fatigue d’un long voyage par exemple).
Chaque année, en début de saison il y a un pic d’accidents de plongée, en particulier chez des plongeurs confirmés. La reprise en début de saison, même avec un bon niveau technique, ne cadre pas toujours avec la forme physique du moment. Cette reprise de la plongée nécessite une réadaptation progressive aux conditions du milieu et à la profondeur. Au-delà de la réadaptation au matériel et aux automatismes, il y a un besoin essentiel de réhabituer l’organisme aux adaptations physiologiques liées à l’hyperbarie.
Le terme de gestion du stress hyperbare prend toute sa place en termes de prévention, et la plongée de réadaptation (dénommée aussi plongée de remise en palmes) joue un rôle essentiel.

Après un arrêt prolongé de la plongée (même après avoir pratiqué en piscine), un long voyage routier assis et immobile ou un transport aérien transocéanique avec décalage horaire, notre organisme est fatigué et a perdu certaines adaptations spécifiques. Par conséquent, notre tolérance est alors moins bonne aux variations de pression, nos automatismes réflexes d’adaptation cardio-respiratoire sont moins performants, l’efficacité dans l’élimination des gaz inertes comme l’azote est moins bonne.

Cette première plongée aide à nettoyer certains noyaux gazeux préexistants. Les micro-bulles lors de la désaturation se forment à partir du gaz dissous qui nourrit en particulier ces noyaux gazeux déjà présents avant la plongée dans les tissus et les anfractuosités capillaires.
Les théories modernes sur la décompression mettent en avant le rôle prévalent de ces noyaux gazeux préexistants d’un diamètre inférieur à 1 micron. Et ceux-ci sont d’autant plus nombreux qu’il existe une fatigue physiologique.
Les facteurs individuels favorisant ces noyaux gazeux avec l’apparition de micro-bulles veineuses lors de la décompression sont l’âge, la masse grasse du plongeur, le faible niveau d’entraînement physique en endurance, une déshydratation.
En dehors de se réaccoutumer au matériel, dont le lestage en particulier, en dehors de retrouver ses automatismes de geste et ses sensations, une plongée de réadaptation vise ainsi à réadapter son corps avec la physiologie hyperbare de la plongée.
Cette ré-habituation progressive et en sécurité permet d’améliorer la perfusion tissulaire, d’éliminer une partie des noyaux gazeux préexistants, de se réaccoutumer aux mécanismes d’élimination gazeuse. Certains scientifiques parlent même d'une acclimatation à la plongée.

Sous l’eau, les automatismes sont essentiels : positionnement et réglage de son matériel, gestion de la flottabilité, communication avec le binôme, gestion respiratoire, contrôle de la consommation d’air, vidage de masque…
La plongée de réadaptation permet de reprendre confiance en soi et en son matériel. Lorsqu’on n’a pas plongé depuis plusieurs mois (voire plusieurs années), ces gestes s’émoussent.
Après une interruption, il est fréquent de ressentir un léger stress ou une appréhension à l’idée de redescendre. Une plongée de réadaptation aide à se sentir à nouveau à l’aise dans son équipement et avec l’environnement naturel.

Cette réadaptation est souhaitable après un long voyage ou un arrêt de quelques mois, certains préconisent après 30 jours sans plongée (!).
Il n’y a pas de définition précise en termes de préconisations de profondeur, de durée et de profil. Le principe est une reprise progressive non saturante. Le but est de réduire la charge en gaz inerte, laquelle dépend de la profondeur, du temps et des conditions (effort, stress, froid), et de réacclimater notre organisme à la plongée.
> Profondeur maximale espace médian (15 à 20 m).
> Bonnes conditions de plongée.
> Dans les limites d’une plongée sans palier obligatoire.
> Remontée lente type 10 m/mn avec un palier de sécurité de principe (3 mn à 3 ou 5 m).

Nous savons que dans une démarche de prévention des risques liés à la pratique de la plongée, certaines actions réalisées avant la plongée peuvent induire une plus grande tolérance au stress de la décompression et limiter la formation de bulles. Tels l’hydratation orale, la respiration d’oxygène, un exercice physique discret d’endurance, l’exposition aux vibrations sur matelas vibrant…
Ces méthodes agissent en amont et participent à une forme de pré-conditionnement de l’organisme. Il faut considérer cette plongée de réadaptation, première plongée de reprise après une longue période d’inactivité ou après un voyage fatigant, comme une sorte de pré-conditionnement pour les plongées suivantes. En termes de conduite de gestion du stress hyperbare, les modèles de décompression de nos ordinateurs de plongée restent des modèles mathématiques et ne peuvent reproduire parfaitement la réalité.
Actuellement, les ADD (accidents de décompression) en plongée loisir surviennent en majorité malgré le respect de la procédure de l’ordinateur de plongée et ce malgré la mise en place d’un certain niveau de conservatisme (1 pour 10 000 plongées). Cela traduit bien que d’autres facteurs de prévention sont à prendre en compte liés en particulier à l’état physiologique du plongeur, à son adaptation à la profondeur et à la répétition des expositions.
Ainsi la plongée de réadaptation n’est pas qu’une simple formalité, ni une simple révision de sa technique, c’est un passage clé pour renouer physiologiquement en toute sécurité avec le monde sous-marin. Patience et progressivité sont les maîtres mots.

Des phénomènes biophysiques expliquent l’existence de ces micro-noyaux gazeux préexistants dans l’organisme. La nucléation homogène (formation d’une bulle dans un liquide pur saturé) est incompatible avec les variations de gradients de pression rencontrés en plongée loisir ou tek. Il y a donc une nucléation hétérogène avec l’existence de ces noyaux gazeux.
La formation de bulles en plongée lors de la désaturation ne résulte pas d’une création ex nihilo de phase gazeuse mais d’une croissance de ces germes gazeux préexistants. Lesquels servent d’amorce à la formation des bulles et jouent ainsi un rôle central dans le mécanisme de l’accident de décompression (ADD).
Le gaz inerte, tel que l’azote en plongée à l’air ou l’hélium en plongée trimix, relargué par les tissus lors de la désaturation (phase de remontée) va nourrir ces micro-noyaux gazeux et les faire grossir. En une phrase : sans noyaux gazeux préexistants, pas de microbulles pertinentes produites.
Nature de ces noyaux gazeux préexistants : il existe de microscopiques cavités et anfractuosités dans les irrégularités hydrophobes des membranes cellulaires des parois de nos vaisseaux en particulier. Il existe à ce niveau des nanos bulles potentiellement stabilisées grâce au surfactant biologique qui les recouvre et à cette géométrie confinée.
Ces noyaux gazeux contiennent majoritairement de l’azote, du CO2 faiblement car très soluble et de la vapeur d’eau. Ceux qui sont stabilisés ont une durée de vie de plusieurs jours (jusqu’à 100 heures).
Certains auteurs suggèrent une persistance quasi chronique d’une population résiduelle. Tout noyau gazeux va se recharger lors d’une sédentarité et une inactivité physique prolongée de plusieurs jours.
L’âge pourrait être un facteur majorant le nombre de ces noyaux gazeux, expliquant un risque plus élevé d’ADD lié à l’âge. L’activité physique régulière permet de nettoyer en quelque sorte ces germes gazeux, expliquant alors une meilleure adaptation au stress hyperbare. Le pré-conditionnement dans les heures qui précédent une plongée participe à cette élimination.
La plongée de réadaptation dans de bonnes conditions participe au relargage contrôlé de ces noyaux gazeux, permettant ensuite d’être moins producteur de bulles pour les plongées suivantes.

