Une épave, une histoire : le Sagona

Jean-Michel Mille
Publié le 23 août 2022, modifié le 7 avr. 2026
Le gouvernail et l'hélice du Sagona. © J.M. Mille
L’épave du cargo Sagona, plus connue sous le nom de Grec, fait partie des plus remarquables vestiges de nos eaux méditerranéennes. Sa réputation dépasse d’ailleurs notre frontière puisque cette épave est, sans conteste, une des plus belles de toute la grande bleue. Elle recèle, en effet, un véritable trésor dont tous les plongeurs peuvent profiter : un jardin sous-marin luxuriant qui attire une faune et une flore remarquables.

Un peu d’histoire…

Construit en 1912 en Écosse, le Sagona était un petit transport (53 mètres de long), propulsé par une machine à vapeur. En 1914, il est vendu à la Reid Newfoundland Company (Canada) puis en 1923 à une seconde compagnie maritime canadienne, la Newfoundland Railway.

En 1941, il devint anglais (acheté par la Colliford Clarke Company basée à Londres) et, enfin, propriété de la compagnie grecque Zarati S.S., qui le fit naviguer sous pavillon panaméen. Au Canada, il aura servi de caboteur et lors des campagnes printanières de chasse au phoque.

Le 3 décembre 1945 c’est du vin que le Sagona transporte. Le cargo croise au large de Porquerolles. À environ 1 600 mètres de l’îlot du Petit-Sarranier, il heurte, par bâbord avant, une des nombreuses mines flottantes larguées dans le secteur par un sous-marin allemand.

L’explosion est terrible, le bateau, littéralement coupé en deux, coule instantanément, causant la mort de trois personnes. Trois semaines auparavant (le 10 novembre), à quelques centaines de mètres de là à peine, dans ce même champ de mines, un autre navire avait subi le même sort : le Donator

Dans une eau claire, la poupe du Sagona. © JM Mille

Localisation & précautions

Comme pour le proche Donator, la position précise du Sagona n’est pas évidente à trouver car située au large, à l’est de l’île de Porquerolles, en pleine eau. Mais si GPS et sondeur étaient de rigueur, des bouées en surface (une à la poupe, une à l’avant) balisent le site.

Ces marqueurs ne servent pas à s’amarrer mais à aider à la descente des plongeurs, en particulier en cas de courant, souvent présent. Prudence donc et ne pas hésiter à s’aider au bout relié à la balise pour faciliter et sécuriser l’immersion jusqu’à l’épave.

Cette dernière est posée bien droit sur sa quille sur un fond de sable coquillier parsemé de débris métalliques. Les superstructures débutent à - 35 mètres, pour une profondeur maximale de 47 mètres (hélice).

La visibilité est souvent bonne et l’idéal est de choisir un jour de beau temps établi afin de minimiser le risque ou la force du courant. Plonger via un centre agrée, offrant encadrement, connaissance du milieu et logistique, est une option pertinente. Côté équipement, un bloc 15 L et un éventuel second pour le palier (déco nitrox ou oxygène) est un bon choix, ainsi que d’emporter un éclairage, phare ou torche, pour révéler toutes les couleurs dont le Sagona s’est progressivement paré depuis son naufrage.

Le mât du Grec avec, en arrière-plan, la proue. © JM Mille

Organisation

Il est conseillé de planifier la visite (poupe ou proue) et le temps d’immersion. Car cette épave est envoûtante et la moindre minute supplémentaire passée au fond à l’admirer, compte tenu de la profondeur, fera vite gonfler « l’addition », comprendre la durée des paliers.

Alors attention ! Cependant si l’on fait abstraction de la profondeur et du courant qui peut lui aussi régner parfois au fond sur l’épave, l’exploration en soi du Sagona ne présente pas de dangers particuliers.

Le visiteur du jour se devra d’évoluer avec délicatesse en raison de la quantité importante de fragiles gorgones qui recouvrent nombre de superstructures, jusqu’à empêcher le passage le long des coursives, coursives qu’il faudra par conséquent contourner.

La remontée se fera en pleine eau (parachute obligatoire) ou le long du bout.


L'épave est devenue un hâvre de vie... © Subaqua

La plongée

Neptune nous offre les clés de son royaume et tous les ingrédients pour une plongée réussie : une mer étale, pas de vent, zéro courant et un soleil éclatant. Je m’immerge le long du bout qui nous conduit 40 mètres plus bas sur le pont arrière du navire.

Des milliers d’anthias roses accompagnés de bogues argentés nous accueillent, évoluant avec grâce dans les superstructures du navire. Ils sont bientôt rejoints par plusieurs dentis (Dentex dentex) d’une taille imposante. Le spectacle animé de ce ballet incessant est magnifique.

Nous rejoignons la poupe et descendons vers la partie la plus basse de l’épave, à - 47 mètres pour admirer l’hélice quadripale et son safran en parfait état, le sable ayant amorti en partie le choc de la chute du navire sur le fond. Ces pièces impressionnantes sont maintenant ornées de magnifiques gorgones rouges et d’éponges multicolores.

Pas le temps de s’attarder ! Nous remontons alors vers la dunette recouverte d’un barrotage (charpente servant de support aux planches formant le pont), décoré de bouquets de gorgones et de bryozoaires, puis progressons à travers les superstructures pour atteindre l’écoutille béante qui donne sur la cale. Celle-ci étant vide, descendre et s’y enfoncer ne présente guère d’intérêt, sinon d’y trouver, à défaut de vin, l’ivresse des profondeurs…

Un regard sur la salle des machines et passage le long des coursives (quand le chemin n'est pas obstrué par les gorgones...) avant d'entamer remontée, paliers, avant le retour en surface sous le soleil de Méditerranée...

Le Grec, un jardin de gorgones extraordinaire. © JM Mille
Illustration d'un ordinateur de plongée
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Illustration d'un mérou brunIllustration d'un rocher