Ils sont quatre. Romain (Capitaine de corvette), Franck et Ludovic (tous deux Maîtres principaux) et Lucile, médecin militaire (seuls les prénoms sont indiqués pour des question de sécurité).
Mardi 18 mars, au centre hyperbare de la Marine nationale 500 m (CMH 500), ils ont été mis en pression pour atteindre, 4 h 30 plus tard, la profondeur de - 200 mètres, soit 21 bars ou ATA (atmosphère absolue).
Leur séjour à cette profondeur aura duré 55,5 heures (2 jours et près de 8 heures) en atmosphère héliox (2,5% d’oxygène et 97,5% d’hélium) avec une pression partielle d’oxygène (PpO2) de 0,4 ATA ou 400 mbars.
Trois incursions en cuve humide ont été effectuées en binôme, chaque plongeur étant équipé d’un recycleur de marque rEvo. Après chaque plongée, des tests cognitifs et physiologiques ont été réalisés.
Le CEPHISMER a pu s’appuyer sur le centre de plongée spécialiste de la plongée technique et profonde Plongée TeK Marseille pour former ses plongeurs en recycleur électronique, domaine déjà largement développé dans le civil et préparer cette plongée particulière. La marine y forme des plongeurs depuis 4 ans, du niveau initial jusqu’au niveau hypoxique.
La remontée (désaturation) a débuté jeudi 20 mars à 22h00. Elle va durer 7 jours et 12 heures. Avec une décompression linéaire à 2 vitesses, 50 min/mètre de - 200 mètres à - 20 mètres puis 90 min/mètre de -20 mètres à la surface.
La sortie se fera le vendredi 28 mars matin pour une plongée d’expérimentation qui aura duré 10 jours.
Les plongées expérimentales dites ENTEX (pour ENTraînement EXpérimentation) sont réalisées depuis 1979 par la Marine nationale avec la participation de la Comex.
Les immersions à saturation en caisson sont très pratiques pour se tester, valider des protocoles etc., tout en gérant parfaitement les risques. En effet, en cas de difficulté ou d’imprévu dans l’eau, le plongeur aura la possibilité de repasser en une ou deux minutes à peine dans le caisson sec. C'est à dire de se retrouver en ambiance aérienne respirable, sans avoir à remonter vers la surface, ni à désaturer.
À travers, cette expérimentation inédite, baptisée ENTEX 50 (car cinquantième plongée ENTEX depuis son origine), il s’agit de valider les processus de mise en œuvre d’un appareil en plongée autonome lors d’une plongée à saturation à - 200 mètres. D’approuver ensuite les possibilités d’action en recycleur autonome à gestion électronique à grande profondeur.
ENTEX 50 vise à éprouver la capacité des plongeurs à délivrer un effet militaire par grande profondeur après une mise en pression plus rapide que les profils utilisés dans la plongée professionnelle civile. Ainsi qu'à homologuer pour la Marine nationale un protocole de désaturation issu des plongées à saturation commerciales modernes.
Pour cela, les plongeurs font l’objet d’une surveillance médicale rapprochée via des tests cognitifs, physiques et physiologiques durant toute la plongée.
Par plongée d’incursion, on entend celle que réalise tout plongeur loisir. À savoir une mise à l’eau, suivie d’une immersion plus ou moins profonde avant d’entamer une remontée contrôlée par un moyen de désaturation, le plus souvent un ordinateur de plongée.
Dans la plongée à saturation, le plongeur va réaliser un séjour au fond de longue durée (se chiffrant en jours). L’on utilise ici le terme « à saturation » car tout l’organisme est « saturé » par le gaz respiré. Ce qui prend, en fonction du mélange respiré et de la profondeur, de 12 à 24 h.
L’intérêt d’évoluer à saturation à une profondeur donnée (- 200 mètres dans l’expérience ENTEX 50) est que la durée de désaturation (le temps de palier) n’augmentera plus que l’on y reste deux jours ou un mois puisque les tissus du plongeur sont chargés à 100 % en gaz respiré.
Ce dernier aura ainsi la possibilité de sortir du caisson pour travailler tous les jours dans l’eau avant de revenir au sec (dans le caisson) pour se reposer, se nourrir, dormir.
La contrepartie de tout ce temps passé sous l’eau est que la désaturation se chiffre en jours. Les protocoles de désaturation en plongées d’incursion (ordinateurs) ne sont évidemment pas utilisables en plongées à saturation.
Pour rappel, la première plongée en saturation au monde est française. Elle a eu lieu en 1962, non pas dans un centre hyperbare, mais en mer Méditerranée près de l'archipel du Frioul (Marseille).
Il s’agissait de la mission Précontinent I, où Albert Falco et Claude Wesly (devenus ainsi les tout premiers « océanautes ») ont passé une semaine à - 10 mètres dans un modeste cylindre d’acier (5 m x 2,5 m), baptisé Diogène.
Cette mission fut suivie de Précontinent II au Soudan en 1963 (entre - 10 et - 25 mètres) et de Précontinent III en 1965 au large de Nice (- 100 mètres).
En 2019, Laurent Ballesta et son équipe lors de l’expédition Gombessa 5 – Planète Méditerranée passeront 28 jours à une pression de 11 bars (100 mètres).
À noter, enfin, que le record de plongée à saturation est détenu par la Comex avec Théo Mavrostomos qui a atteint - 701 mètres avec un mélange hydrhéliox.